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Julie Timmerman

Publié le 1 Mars 2019

“Un démocrate” relate la vie d’Edward Bernays, neveu de Freud et grand théoricien de la manipulation des masses. Julie Timmerman, qui a écrit la pièce, nous en dit un peu plus sur ce théoricien méconnu du grand public.

  • " Bernays est à l’origine du monde dans lequel nous vivons "

    Comment avez-vous rencontré ce personnage, Edward Bernays, auquel vous consacrez votre pièce ?

    Je l’ai découvert dans une émission de radio, Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet. Puis en 2010, lorsque je travaillais sur une création d’après "1984" d’Orwell, j’ai mené de nombreuses recherches sur la manipulation des masses et j’ai découvert son livre, Propaganda. Je savais qu’un jour j’écrirai sur ce personnage qui avait compris que les hommes étaient conduits par leurs pulsions et non par leur raison. En s’appuyant sur ce précepte, il a réussi à vendre des savons, à faire élire des présidents américains et a convaincu les femmes de fumer en public en leur expliquant que les cigarettes étaient un symbole phallique dont il fallait qu’elles se saisissent. Ce dernier cas est régulièrement étudié en cours de marketing.

    Que disent cet homme et ses théories sur notre société contemporaine ?

    Je pense que Bernays est à l’origine du monde dans lequel nous vivons et qui a d’ailleurs largement dépassé ses espérances. Il a théorisé ses méthodes dans des livres car il pensait que la démocratie fonctionnerait mieux si chaque citoyen pouvait devenir un influenceur… Cela ne l’a pas empêché de travailler avec toutes sortes de régimes politiques. Il a notamment participé à la campagne qui a mené au coup d’Etat de 1954 au Guatemala. Et même s’il en fut horrifié, ses livres se sont retrouvés dans la bibliothèque de Goebbels.

    Dans votre pièce qui relate la vie d’Edward Bernays, quatre comédiens incarnent une vingtaine de personnages. Pourquoi avoir fait ce choix ?

    Mon but n’était pas de dresser un exposé sur les conseillers en communication. Je voulais simplement que le public se saisisse de cette histoire pour réfléchir par lui-même. Les quatre comédiens sont comme de simples citoyens qui décident de prendre la parole. Avec un costume ou un accessoire, ils deviennent leur propre metteur en scène. J’ai aussi introduit de nombreuses références à notre monde contemporain et une certaine ironie tout au long du spectacle. Je suis de l’avis de Dario Fo quand il dit que “La fonction du théâtre est de pousser encore plus fort la porte du pouvoir”. Tout cela est aussi une réflexion sur la pensée unique qui est un des ennemis de notre démocratie.

    Avec votre compagnie Idiomécanic Théâtre, vous avez mis en scène plusieurs œuvres, mais “Un démocrate” est la première pièce que vous écrivez. Qu’est-ce qui vous en a donné envie ?

    Cette histoire m’a captivée et je voulais la raconter. C’était intense d’être à la fois auteur, metteur en scène et comédienne, c’est beaucoup de remises en question. Cette pièce tourne depuis plus de deux ans et je peux compter sur une équipe très solide. Je suis d’ailleurs en train d’écrire la suite, qui est  tirée d’une partie de la vie Bernays, que nous évoquons dans “Un démocrate”. Il s’agit de son lien avec la United Fruit Company, une entreprise bananière qui a exploité une grande partie de l’Amérique latine.

     

    Propos recueillis par Claire Teysserre-Orion (TOUTécrit)

    Un démocrate le 21 mars à l’Escale de Melun

    Avec Marie Dompnier, Mathieu Desfemmes, Julie Timmerman, Jean-Baptiste Verquin